Sur la table, éclairée de 3 bougeoirs, symbole de la
Trinité, et égayée de l'assiette de blé de
la Sainte Barbe - blé ou lentille, symbole de renouveau - viennent
se ranger les Treize desserts, symbole du Christ et des 12 apôtres.
On voit aussi le melon vert gardé à l'abri dans la paille, les
pommes et les poires, encore parfumées d'automne, le raisin blanc et noir
que toute ménagère a choisi grappe à grappe et suspendu
dans le grenier sous un gros tulle protecteur. Il y a les noix, les noisettes,
les amandes fines et les pances sèches. Ces fruits secs sont appelés "mendiants" ressemblant
par leurs couleurs aux habits des moines mendiants : Carmes, Dominicains,
Franciscains et Capucins.
Il y a les figues, des oranges, des mandarines que la Provence a connues
de tout temps. Enfin, le nougat (car le noir se fait à la ferme avec le miel des
ruches proches et les amandes du verger, mais le blanc s'achète
chez le confiseur).
Dans les Treize desserts, on compte aussi la confiture faite aux temps
des vendanges, soit au moût de raisin, soit au jus de figues où l'on jette les
fruits d'automne et la galette à l'huile appelée "pompe" à Aix
en Provence et Marseille, et "fougasse" en Arles et en Haute
Provence.
Encore le vin cuit. Le vin cuit, c'est Jésus lui-même.
Dans
sa fuite en Egypte, quand la Vierge affolée, traquée, cherchait à cacher
son enfant, le dattier avait entrouvert ses palmes; la mère sourit,
l'enfant ravi avait dit : "Oh", ce O qu'avaient dessiné ses
lèvres
laiteuses s'était marqué sur le noyau.
De là, depuis, sort le germe de la vie. La datte en est restée
sacrée.