5h30, le lendemain. Les premières lueurs de l’aube ont réveillé les brebis. Une bousculade, piquets et filets sont tombés, les brebis commençaient à partir. Les chiens ont heureusement alerté les maîtres. « Nos brebis sont assez sauvages, commente Thierry. Elles « s’escapent » facilement. » Claire et Thierry font le tour du troupeau, ramassent une brebis morte, la deuxième de la transhumance, et deux épileptiques, qu’ils chargent dans le camion pour les soigner. Justin et Annabelle préparent le petit déjeuner.
L’estive n’est plus qu’à quatre heures de marche, hommes et bêtes sont maintenant pressés d’arriver. Un café brûlant avalé, Thierry emmène le troupeau sur une draille, tandis que les voitures rejoindront l’estive par une piste. Les souvenirs d’herbe tendre et d’eau pure doivent revenir… Dans le troupeau, c’est le remue-ménage. Les gorges du Cians, dans lesquelles il s’engage, résonnent d’un vacarme de sonnailles. L’air du matin est frais et vif, le troupeau part à un rythme soutenu…mais il ralentit très vite. Difficile de progresser à travers les cailloux qui glissent, les mélèzes qu’il faut contourner et les racines où l’on se tord les pieds. Le berger de tête emmène les meneurs, tandis que les agneaux – leur cordon ombilical tout sec encore accroché au ventre -, les « trois pattes », les vieilles brebis et les jeunes mamans restent à la traîne. A force de cris, de sifflets, d’aboiements, le troupeau avance néanmoins, étiré sur de longs mètres, éparpillé sur les deux versants des gorges.
La chaleur montant, les animaux s’arrêtent à l’ombre des arbres et en profitent pour se gaver de l’herbe fraîche et grasse qui leur a tant fait défaut cet hiver. Il faut pousser les paresseux, encourager les fatigués, porter les petits… Après une très lente ascension à travers la forêt, soudain, une éclaircie. Derrière nous, un panorama magnifique : le Cians, la tête de Rigaud, la vallée du Var, Valberg, les aiguilles de Pélins.
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Encore quelques mètres et c’est l’arrivée au col, avec vue sur le mont Giraud, l’Argentera – le plus haut sommet du massif côté italien -, le Mont Gélas – son homologue côté français -, la cime du Diable, la Vésubie et le Mont St Sauveur. A nos pieds, une magnifique prairie aux herbes hautes, d’où des dizaines de sauterelles s’échappent à chaque pas. Ne reste plus qu’à parquer les brebis, ouvrir la cabane fermée depuis huit mois, sortir quelques verres, trinquer à la beauté du paysage et à l’estive qui commence. Thierry et ses bêtes resteront ici jusqu’à fin octobre. Avant d’entamer une autre transhumance, dite « descendante », ils vont profiter au maximum de ces longs mois d’été. |