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Les personnages célèbres de la Provence
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| Texte provençal | Traduction |
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| Anno Domini millesimo centesimo septimo, le Pont comencet sant Benezetz enaisi quant declara dinfra aquest escrich : | L'an du Seigneur 1177, le pont fut commencé par Saint Bénézet ainsi qu'il est déclaré dans cet écrit : |
| En aquel jorn qu'am lo soleihl fon jorn nueich, uns enfants que avia nom Benezetz, las fedas de sa maire gardava en pasquier Cui appartament dis Jhesu Crist tres ves : -"Benezetz, fil mieu, aus la vos de Jhesu Crist. - Qui yes-tu, senher, que mi parlas ? Ta vos ausi ieù ; mas no ti vei. - Ausas doncs, Benezetz, et non aias paor. Leù soi Jhesu Crist qui sol am la paraula ai creat cel et terra et la mar, et totas causas que y son. - Senher, que vols que fassa ? - Ieù vole que tu laisses las fedas que gardas, quar tu mi faras un pont sus lo flumi de Rose. - Non t'ai dich que cresas ? Veni donc ardiment, que ieù te ferai regir las fedas tienas, et darai ti companhon que te condurra a Rose. - Senher, ieù non ai mais tres meales et com ferai pont sobre Rose ? - Bene, enaisi quant ieù t'ensenharai." |
En ce jour, quand le soleil était à son déclin, un enfant du nom de Bénézet gardait les brebis de sa mère dans un pâturage. Jésus Christ lui dit distinctement à trois reprises : - "Bénézet, mon fils, entends la voix de Jésus Christ. - Qui êtes-vous, seigneur, qui me parlez. J'entends votre voix mais ne vous vois pas. - Ecoute donc, Bénézet, et n'aie point peur. Je suis Jésus Christ qui par une seule parole ai créé le ciel, la terre et la mer et tout ce qu'ils renferment. - Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? - Je veux que tu quittes les brebis que tu gardes car tu me feras un pont sur le fleuve Rhône. - Ne t'ai-je pas dit de croire ? Viens donc hardiment car je ferai surveiller tes brebis et te donnerai un compagnon qui te conduira jusqu'au Rhône. - Seigneur, je n'ai que trois oboles et comment ferai-je le pont sur le Rhône ? - Viens avec moi, je te l'apprendrai." |
| Adonc s'en anet Benezetz et fon obesentz a la vos de Jhesu Crist que ausia, mais non lo vesia. Et puei va encontrar l'Angel, en forma de peregrin portant son baston et s'asporta que li va dire : -"Vai apres me segur, et ieu t'enviaray entre al luoc on tu faras lo pont de Jhesu Crist, et monstrarai ti com tu faras." Aras son a la riva del flum. Vesent Benezetz lo flum grand, de gran paor va si ferir et va dire : -"En naguna maniera pueic aisi fai pont" Et va li dire l'Angel : -"Non aias temor, car lo Sant Esprit es en tu, et regarda on debes passar, et vai en la ciutat Avinhon, et monstra ti a l'Evesque et al pobol sieu." Dis aiso, va avalir l'Angel devant sos ueilhs. |
Alors Bénézet s'en alla, obéissant à la voix de Jésus Christ qu'il entendait mais ne voyait pas. Et en allant, il rencontra l'Ange, en tenue de pélerin, portant son bâton et sa besace, qui lui dit : -"Suis-moi sans crainte et je te conduirai jusqu'au lieu où tu feras le pont de Jésus Christ et te montrerai comment t'y prendre." Ils arrivèrent à la rive du fleuve. Voyant le grand fleuve, Bénézet fut frappé d'une grande peur et dit : -"En aucune manière on ne peut ici faire un pont." Et l'Ange lui répondit : -"Sois sans inquiétude, car le Saint Esprit est en toi, regarde où tu dois passer et va en la cité d'Avignon et présente-toi à l'Evêque et à son peuple." Ayant dit cela, l'Ange disparut à ses yeux. |
| Adonc s'en va Benezetz a la nau et va pregar al nauchier, por amor de Dieù et de nostra dona Santa Maria, que lo passes a la ciutat, quar a far y avia. Va li respondere lo nauchiers que era juseù : -"Si vols passsar, tu mi daras tres deniers tant quant fan li autres." Benezetz va lo pregar autre ves per amor de Dieù et de nostra Donna Santa Maria que lo passes otravesent. Vesent lo juseù dis li : -"Non ai ren a far de ta Maria, quar ela non a poder ni en cel, ni en terra. Mai vole tres deniers que ta Maria ; quar pron son de Marias." Ausent aiso, Benezetz va li donar tres meales que avia. Lo juseù vi que plus non podia aver, pres las tres meales et passet lo. |
Alors Bénézet s'en alla vers la barque et pria le batelier, pour l'amour de Dieu et de notre Dame Sainte Marie, de le passer dans la cité car il y avait à faire. Et le batelier qui était juif lui répondit : -"Si tu veux passer, tu me donneras trois deniers comme les autres." Bénézet le pria une autre fois pour l'amour de Dieu et de notre Dame Sainte Marie de le passer sur l'autre rive. Le juif lui dit : -"Je n'ai que faire de ta Marie car elle n'a aucun pouvoir ni dans le ciel, ni sur terre. Plus valent trois deniers que ta Marie ; car il y en a assez de Maries." Entendant cela, Bénézet lui donna les trois oboles qu'il possédait. Le juif vit qu'il ne pouvait obtenir davantage, prit les trois oboles et le passa. |
| Benezetz intrant en la ciutat Avinhon, va trobar l'Evesque predicant son pobol : Va li dire en auto vos : -"Auses mi et entendes mi, car Jhesu Crist m'a trames a vos per aquesta causa que ieù fassa pont sobre Rose." L'Evesque ausent sa vos regarda lo pert grant esquern et per grant dereyson, et va transmetre al prebost, viguier de la vila, que vendgues et que l'escortegues et que li volgues los pes et los mans que malvais oms es. Ausent lo Benezetz, oto plan va dire li : -"Mieus senher Jhesu Crist m'a trames en aquesta ciutat que ieù fassa pont sobre Rose." Et lo viguier li va dire : -"Et tu tant vil persona yest, et rem non as ; et tu dises que tu faras pont an Dieus, ni sant Peires ni sant Paulo, ni encaras Carles, ni negun autres non lo posson faire ? Ni non es miravilhos. Espero ; ieù ai que faire conven de peiras et de caus ; darai ti une peira que ieù ai al palais mieù, et si tu podes moure et portat, ieù crese que tu lo pont poiras far." |
Bénézet, entré dans la cité d'Avignon, alla trouver l'Evêque préchant son peuple : Il lui dit à haute voix : -"Ecoutez-moi et comprenez-moi, car Jésus Christ m'a envoyé vers vous afin que je fasse un pont sur le Rhône." L'Evêque entendant ces paroles, le considéra comme possédé et atteint de folie et manda le prévot, viguier de la ville, pour qu'il l'écorche et lui arrache les pieds et les mains parce qu'il était un mauvais homme. Entendant Bénézet qui aussitôt lui dit : -"Mon seigneur Jésus Christ m'a envoyé en cette cité afin que je fasse un pont sur le Rhône." Le viguier lui répondit : -"C'est toi si chétif personnage et qui ne possède rien qui déclare que tu feras un pont où Dieu, ni Saint Pierre, ni Saint Paul, ni encore Charlemagne, ni aucun autre n'a pu le faire ? Ce serait merveilleux. Attends ; je sais qu'un pont est fait de pierre et de chaux je te donnerai une pierre que j'ai dans mon palais et si tu peux la remuer et la porter, je croirai que pourras faire le pont." |
| Benezetz confisant se en nostre Senher, retornet a l'Evesque, dis la que aiso faria. Dich l'Eveque : -"Anem donc, et vesiam los meravilhos que tu dises." Va s'en ambe l'Evesque et lo pobol ansems, et Benezetz pres la peira sieun que tranta homes non posson moure de son loc, aitant lougerament queant si fos peira manoals, et mes la al loc en lo pont a son pe. Los gens vesent aiso agron grant meravilhos et disient que grant et poderos es nostre senher en sos obros. Et adonos lo viguier va lo premier sonar Sant Benezetz, baisant los mans et los pes, va li offrir tres cen sous, et en aquel loc li furon donnat cinq millias sous. Aras, aves ausi en qual maniera, fraires, lo pont fon comensat, per que totes vos autres devesser d'aquest gran benefici. Et fesi Dieux molt de miracles en aquest jorn, que per el rendet lo veser, et los sordz fes ausir, et los rancs fer anar, so es a saber XVIII." |
Bénézet, mettant sa confiance en notre Seigneur, retourna vers l'Evêque et lui dit qu'il le ferait aisément. L'Evêque dit : -"Allons donc, et voyons les merveilles que tu nous promets." Il partit avec l'Evêque et le peuple avec eux, et Bénézet prit seul la pierre que trente hommes n'auraient pu déplacer, aussi légèrement que s'il se fût agi d'un caillou et la mit au lieu où le pont a son pied. Les gens voyant cela crièrent au miracle et disaient que grand et puissant est notre Seigneur dans ses œuvres. Et alors le viguier fut le premier à le nommer Saint Bénézet, lui baisant les mains et les pieds, et lui offrit trois cents sous, et dans ce lieu lui furent donnés cinq mille sous. Maintenant vous avez entendu de quelle manière, frères, le pont fut commencé afin que vous tiriez profit de ce grand bienfait. Et Dieu fit nombre de miracles en ce jour, par lui il rendit la vue, fit entendre les sourds et marcher les paralytiques... |
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