récupérateur délirant
Le titre d'un ouvrage du XIXe s. lui a soufflé le nom de son œuvre :
Le potager d'un curieux. Curieux, il l'est bel et bien. En 17 ans, cet échappé d'un lycée agricole a inondé son austère colline de couleurs : fleurs de tous les ailleurs, légumes étranges, fruits inconnus mais aussi grappes de vieux arrosoirs qu'il a striés de bleu, jaune, rouge, bidons s'ornant de frises, totems de manches de pioches, vieux panneaux routiers relookés… Un univers décoiffant. "Je garde de l'enfance le souvenir des potagers vivriers de mes grands parents, qui savaient mélanger le beau et l'utile.
Les jardins à la française, ce n'est pas mon truc." On l'aura compris. Son truc, c'est de récupérer, pour restaurer le lien brisé entre l'homme et la nature : "Je ne rêve pas de revenir au passé, mais je sais qu'on y a oublié des choses fondamentales." À ses moments perdus, il s'isole dans un vieux potager clos, abandonné : "Ici, je renoue avec les anciens. Je cherche en fouillant la terre un signe humain. Pour l'instant, rien que des ossements de chats." Ossements qui rejoindront l'immense puzzle qu'il a entrepris de reconstituer : tessons de poterie, socs de charrue, lames et ferrures hors d'âge, manuscrits et cadres de télévision, mais surtout graines et semences en perdition. Sa façon à lui de réparer les outrages du temps.
Alors, pour transmettre ce fragile héritage, Jean-Luc Danneyrolles cultive et vend des piments méconnus ou de folles tomates (Banana legs, Cerise blanche, Prune noire, Mirabelle jaune ou Raisin vert), aide Alain Ducasse ou Reine Samut à concevoir leur jardin nourricier, crée avec les enfants des potagers dans leurs écoles, forme les jardiniers de demain : "Dès le début du XXe siècle, certains visionnaires, alarmés, ont tenté de sauver ce patrimoine vivant. Mais l'idéal reste la conservation dynamique ; pas dans musées ni dans l'azote liquide, mais dans les jardins potagers." Ce cultivateur cultivé, volontairement hors normes, Arcimboldo l'aurait adoré.
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