Vous en connaissez beaucoup, vous, des boulangers qui peignent leurs volets aux pigments bio ? Du grain moulu de leurs mains à l'huile de palme graissant les moules, de l'eau puisée à la source aux noix décortiquées main et j'en passe, tout est bio. Si bio que ces ex-assureurs urbains refusent le plus exigeant des labels du genre, encore trop laxiste pour eux. Eux, pour l'usage de levure, c'est tolérance zéro : "Nous vivons en dehors du système, on ne tient pas à y rentrer." En 1989, ils ont tout lâché pour assouvir leur passion dans la secrète vallée du Jabron. Passion lucide, ou l'heure de chaque pétrissée, son temps de levage, sa composition sont scrupuleusement consignés par écrit.
C'est ainsi qu'ils ont relevé l'impensable défi de réussir un pain tout épeautre, levain compris : "Après un accident, nous avons passé six semaines à l'hôpital. Au retour, j'ai croqué dans ce pain, que nous avions oublié tout l'été. Il était délicieux." Et Chantal d'ajouter : "Le lendemain, en chaise roulante, il attaquait une fournée." Qui prétend qu'on ne peut pas être au four et au moulin ?
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| Quelques céréales, un peu d'eau, des braises. Trois fois rien. Le pain. Ce long chant d'amour entre l'homme et la terre, dont l'écho se perd dans la nuit des temps, répété à l'envi au quatre coins de la planète. Le pain. Pour lui l'homme a voulu apprivoiser le feu, cultiver le désert, inventer des gestes, des outils, répéter les hasards. À la fin du XIXe siècle, en Europe, les mystères de la panification étaient enfin levés. Elle cessa d'évoluer. |