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Artisan Boulanger - Pain a l'ancienne
Au feu de bois
La route du pain
L'homme sage
Sarrians, Vaucluse, 5 h du matin ("Vous nous trouverez facilement, vers le haut du village."), navigant à l'odorat, jusqu'à la faible lueur qui danse derrière une verrière sans âge. Frédéric Boyer a travaillé sans répit toute la nuit. Les dernières braises rougeoient à même la sole du four. Qui, depuis 1713, ne s'est jamais éteint. Sans doute a-t-il émis, comme tant d'autres, quelques hocquets lorsque le gouvernement Vichy imposa, pour mieux contrôler la production, le pain unique, mais four et boulangerie n'ont pas changé. S'accolant juste, dans les années trente, une boutique. L'hiver, il fait un froid de canard malgré les braises, alors on allume la cheminée. L'été, c'est la fournaise. Frédéric, 38 ans, un bon sourire, a relayé en 1991 son employeur, Marius Dumas, celui que le village surnommait Monsieur Tourton. "Le tourton, (pain maigre évidé au centre), c'est notre thermomètre : s'il est cuit au bout de 5 mn, le four est prêt."
Pétrin de flemmards

Frédéric a tout conservé en l'état. Tout. Les tiges de fer au-dessus du four sur lesquelles reposent les pelles à enfourner, hors d'âge. L'imposante balance qui, récemment encore, déterminait le prix du pain devant les clients sur le trottoir, les lourdes planches ou s'étalent les pétrissées, les photos jaunies des prédécesseurs, et l'incroyable ampoule entourée d'un vieux cylindre branlant, rouillé, qu'il promène prudemment à l'intérieur de la voûte, au risque de s'électrocuter.
Mais sa grande fierté, c'est son "pétrin corse", objet de toutes les convoitises devenu si rare, qui brasse et plisse la pâte de ses deux pales lentes. "Pourquoi Corse ? Sans doute parce qu'il tourne très doucement. On dit que les Corses, ils sont pas trop travailleurs…" Côté boutique, Nathalie me soufflera en emballant un beaucaire rond (une merveille) : "Ce n'est pas un pétrin corse, mais un Gorse, c'est gravé dessus." Le fin mot de l'histoire, le boulanger de Curel nous le livrera : c'est une invention d'Ernest Corse, ingénieur constructeur à Cavaillon.
Aux clients qui réclament sa fameuse fougasse à l'huile d'olive, "Je réponds : vous attendrez Noël ou le jour de l'an. C'est vrai, quoi, il en voudraient toute l'année. Il faut leur donner le goût de la tradition…" Lucide, Frédéric sait qu'il pourrait produire dix fois plus, mais pour quel résultat ?
"Faire boulanger, c'est travailler la pâte avec ses mains, il faut sentir son contact, elle est vivante. Quand elle décide de lever, elle lève. Il faut la surveiller, ne jamais la lâcher de l'œil." Il en parle, de son pain, comme d'un enfant en pleine croissance changeant de peau trop rapidement sous son regard étonné. Un enfant sensible aux moindre courant d'air, s'effondrant par temps orageux, boudant les mauvaises farines, un peu collant, certes, mais si attachant.

La route du pain


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