La mémoire des plus de quarante
ans se souviendra peut être de ces
derniers camions brinquebalants et recouverts
d'une épaisse couche de poussière
jaune que conduisaient d'étranges
individus, sortes d'extra-terrestres, eux
aussi jaunes, des pieds jusqu'à la
tête. De ces personnages désincarnés,
des colères de mères de familles
furieuses de voir des vêtements maculés
de traces d'ocres, de cette maladie du
mineur, la silicose, ressentie alors comme
une fatalité, il ne semblait rester
que des squelettes d'usines en ruine ou
quelques carrières à ciel
ouvert qui ça et là dans
des camaïeux de rouge et de jaune
déchirent le ventre des collines.
Pétris par les intempéries,
ces anciens gisements présentent
aujourd'hui un paysage envoûtant
qui hybride l'intention de l'homme et la
volonté de la nature. Falaises,
cheminées de fée, buttes
de sable ocré, après avoir été creusées à la
pelle et à la pioche, sont désormais
modelées par le bon vouloir
du vent et des eaux de pluie.