C’est dans le respect de cette pensée que le Festival de Marseille, lui-même
enfant métissé né d’une terre et d’arts pluriels, fête cette « polis universelle
et métisse » que Léopold Sédar Senghor appelait de ses vœux. En invitant
des artistes new yorkais, haïtiens, maliens, sud-africains, ivoiriens,
bangladeshis, congolais, cap-verdiens, français, anglais, canadiens, nous
partageons un seul et même message : vivre positivement notre diversité.
Nous les avons regardés et accompagnés sur cette route semée d’obstacles à
surmonter, de lignes à déplacer, de préjugés à vaincre. Tous prouvent avecéclat qu’il n’est frontière que l’on n’outrepasse, qu’elle soit géographique,
mentale, culturelle, esthétique, imaginaire ou virtuelle.
Merci à Aurélien Desclozeaux et à Trick Baby son héros désenchanté
et solaire, à la Smala Crew, aux danseurs de la compagnie de Merce
Cunningham orphelins du maître, mais nourris à vie par son œuvre
et son enseignement, à Sylvia Waters, charismatique héritière d’Alvin
Ailey qui transmet et insuffle aux jeunes danseurs de l’Ailey II raison et
liberté, à Eva Doumbia dont le cabaret capillaire décoiffe avec courage et
insolence nombre de présupposés, à Chantal Loïal qui affronte l’histoire
bouleversante de la Vénus hottentote pour n’en retenir qu’un « gage
d’optimisme », à David Van Reybrouck et Bruno Vanden Broecke dont le
fervent monologue Mission interpelle Dieu et les hommes.erci à Nicole et Norbert Corsino qui d’installations en rêves partagés,
de la ligne d’horizon à la lévitation, ne cessent d’inventer de nouvelles
perspectives, au trio des enfants prodiges et rebelles Gregory Maqoma,
Sidi Larbi Cherkaoui, Shanell Winlock, au sensible Olivier Dubois
tenaillé par la Révolution obsessionnelle des corps et des êtres, au Théâtre
du Centaure qui irrigue des flux voyageurs, à l’incandescente et effrontée
Rocío Molina, flamenca inspirée, aux danseurs brésiliens de Mimulus,
porte-parole sensuels et iconoclastes de Pedro Almodóvar.
Merci enfin à Daniel Léveillé et à son quatuor de corps qui nous éveillent
avec pudeur et tendresse à notre propre nudité, à Akram Khan qui
sait dessiner des routes verticales menant à des spiritualités ouvertes et
cosmopolites, à l’historienne Françoise Vergès dont les propos ont éclairé
cette programmation tout comme les écrits d’Achille Mbembe dans Sortir
de la grande nuit, ou d’Édouard Glissant et de Patrick Chamoiseau,
auteurs de Quand les murs tombent.
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