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Festival de Marseille

 
 
Festival de Marseille
16 juin - 09 juillet 2011
 
 

Troublante coïncidence. Alors que le Festival de Marseille place l’Afrique et l’histoire afro-américaine au cœur de sa programmation, l’ouverture de sa seizième édition un 16 juin renvoie à la Journée internationale de la jeunesse sur tout le continent africain en souvenir des émeutes de Soweto le 16 juin 1976. Anniversaire symbolique dont l’écho résonne aujourd’hui, pour une autre jeunesse, de l’autre côté de la Méditerranée.
Parler de l’Afrique requiert de la pudeur, de la sensibilité, la conscience d’une histoire tout autant faite d’oppression, de révolte, de larmes et de sang que de sagesse et de vie. D’après les historiens et anthropologues, l’Homo sapiens serait « sorti d’Afrique » il y a plus de 50 000 ans pour essaimer son « humanité » sur tous les continents, ce qui fait dire au père de la créolisation Édouard Glissant :
« Sapiens est par définition migrant, émigrant, immigrant. » Cette seizième édition sera donc celle d’un voyage meurtri mais pétri de vie et d’espoir au cœur de nos mémoires et de nos consciences. Non pour assener des leçons de morale ou de repentance mais pour tenter, comme le dit si délicatement Achille Mbembe, « de conjoindre nos mémoires ».

  12ème Festival de Marseille
 
 
 

C’est dans le respect de cette pensée que le Festival de Marseille, lui-même enfant métissé né d’une terre et d’arts pluriels, fête cette « polis universelle et métisse » que Léopold Sédar Senghor appelait de ses vœux. En invitant des artistes new yorkais, haïtiens, maliens, sud-africains, ivoiriens, bangladeshis, congolais, cap-verdiens, français, anglais, canadiens, nous partageons un seul et même message : vivre positivement notre diversité.
Nous les avons regardés et accompagnés sur cette route semée d’obstacles à surmonter, de lignes à déplacer, de préjugés à vaincre. Tous prouvent avecéclat qu’il n’est frontière que l’on n’outrepasse, qu’elle soit géographique, mentale, culturelle, esthétique, imaginaire ou virtuelle. Merci à Aurélien Desclozeaux et à Trick Baby son héros désenchanté et solaire, à la Smala Crew, aux danseurs de la compagnie de Merce Cunningham orphelins du maître, mais nourris à vie par son œuvre et son enseignement, à Sylvia Waters, charismatique héritière d’Alvin Ailey qui transmet et insuffle aux jeunes danseurs de l’Ailey II raison et liberté, à Eva Doumbia dont le cabaret capillaire décoiffe avec courage et insolence nombre de présupposés, à Chantal Loïal qui affronte l’histoire bouleversante de la Vénus hottentote pour n’en retenir qu’un « gage d’optimisme », à David Van Reybrouck et Bruno Vanden Broecke dont le fervent monologue Mission interpelle Dieu et les hommes.erci à Nicole et Norbert Corsino qui d’installations en rêves partagés, de la ligne d’horizon à la lévitation, ne cessent d’inventer de nouvelles perspectives, au trio des enfants prodiges et rebelles Gregory Maqoma,
Sidi Larbi Cherkaoui, Shanell Winlock, au sensible Olivier Dubois tenaillé par la Révolution obsessionnelle des corps et des êtres, au Théâtre du Centaure qui irrigue des flux voyageurs, à l’incandescente et effrontée Rocío Molina, flamenca inspirée, aux danseurs brésiliens de Mimulus, porte-parole sensuels et iconoclastes de Pedro Almodóvar.
Merci enfin à Daniel Léveillé et à son quatuor de corps qui nous éveillent avec pudeur et tendresse à notre propre nudité, à Akram Khan qui sait dessiner des routes verticales menant à des spiritualités ouvertes et cosmopolites, à l’historienne Françoise Vergès dont les propos ont éclairé cette programmation tout comme les écrits d’Achille Mbembe dans Sortir de la grande nuit, ou d’Édouard Glissant et de Patrick Chamoiseau, auteurs de Quand les murs tombent.

 
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Ils ont franchi et nous ont affranchis de cette ligne de couleur noire ou blanche qui stigmatise, humilie, sanctionne, sépare. C’est ainsi que cette seizième édition imprégnée d’histoires ciselées par la douleur se dresse avec dignité et fierté et livre un hymne à la joie, à la lumière, à la vie. Grave et jubilatoire, pudique et crue, délicate et rugueuse, elle rassemble des œuvres qui « dansent », au sens que donnent à ce verbe la plupart des langues et dialectes africains : s’amuser, fêter, célébrer avec humanité ce qu’il y a de meilleur en nous.
Une humanité dont le chorégraphe Olivier Dubois dit qu’on l’a en soi, qu’elle n’est pas un territoire à conquérir, mais qu’il faut labourer, labourer, car si l’on s’arrête, on perd du terrain. « Un manifeste pour moi, ajoute-t-il, car je suis en résistance. » Labourons, il y a tant à faire

Apolline Quintrand
Directeur artistique du Festival




 
 

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