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L’opéra, miroir du monde
Il semble que nous approchions de la fin d’une époque: quels seront les contours
de la prochaine ? Où pouvons-nous en percevoir les prémices ? Que nous dit
l’opéra, que nous laisse-t-il pressentir ?
Il nous dit d’abord que l’art est un révélateur. Dans le nouvel opéra de George
Benjamin et Martin Crimp, qui sera donné à Aix en création mondiale, il est
question d’un artiste-enlumineur dont l’œuvre autant que l’irruption dans le
quotidien d’un couple va bouleverser la vie d’un homme et d’une femme pour
les emmener dans un voyage sans retour, par-delà les conditions sociales.
Mozart a pareillement raconté comment le désir traverse les classes de la société,
lézardant les conventions et les codes au sein de ces familles élargies que mettent
en scène Le Nozze di Figaro et La Finta Giardiniera. Car qui dit désir dit aussi rapport de force et de séduction, abandons sublimes et situations risibles, tout ce
qui rend ces deux ouvrages aussi modernes qu’au premier jour. L’un des signes
de cette modernité, c’est la place nouvelle qu’y occupent les femmes. Ecoutons
Suzanne, la Comtesse, Sandrina, Arminda, Serpetta: ne sont-elles pas porteuses
d’une énergie, d’une grâce, d’une créativité, d’une empathie, d’une impulsion
dynamique, autant de qualités dont l’alchimie est susceptible de changer le
monde ?
Au miroir de l’opéra, on sera frappé de ce qu’un ouvrage vieux de trois siècles
comme David et Jonathas, inspiré de l’un des plus anciens textes qui soient,
la Bible, puisse encore nous parler de notre intimité et du monde qui nous
entoure: averti de l’imminence de sa chute, le roi Saül s’enfonce dans une folie
meurtrière qui, sous prétexte de sauver ses proches, les précipite à leur perte.
L’opéra de Marc-Antoine Charpentier se déroule sur un décor de guerres tribales,
de renversements d’alliances, d’identités meurtrières… Nul besoin d’expliciter
les résonances actuelles d’une telle œuvre, au moment où, un peu partout, notamment autour de la Méditerranée, les conflits ethniques et religieux laissent
de profondes blessures, certains dictateurs s’accrochent à leur trône vacillant…
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